Recommander

Recherche

FreeCompteur.com

Vie associative ; politiques sociales

Vendredi 14 avril 2006

Nous aimerions soulever un questionnement qui pourrait paraître tout à fait simpliste de part le fait qu’il ne soit pas approfondi ici, mais qui est en réalité une problématique essentielle à la fois socialement et politiquement.

Chacun sait que les pouvoirs publics reconnaissent le rôle des associations en matière notamment de social, associations qui occupent « une place essentielle dans de nombreux secteurs de la vie sociale […] fréquemment conduites à compléter l'action menée par les pouvoirs publics, inspirant même à ces derniers de nouvelles formes d'intervention[1] ».

De cette reconnaissance naît le choix de la délégation. Autrement dit, les pouvoirs publics mettent à la disposition des associations subventions et/ou infrastructures leur permettant de mener à bien, ou à mieux, leurs actions (bien que la décentralisation et la suppression de nombreuses subventions aient contraint bon nombre d’associations à cesser leur activité). Les subventions sont allouées par les pouvoirs publics sur la base de « projets nécessitant un financement ».

Dans les entretiens que nous avons pu réaliser avec des bénévoles du social ressortent systématiquement des affirmations du type : « L’Etat n’a pas à déléguer, il a à s’occuper des problèmes qu’il y a » ; « A la toute base l’association doit avoir une activité au sens de société, pas au sens de social » etc.

De très nombreux bénévoles, y compris les plus actifs et les plus convaincus par la « cause », estiment en effet que ce n’est pas aux associations de régler des problèmes de société aussi graves (pauvreté, exclusion et donc insertion, famine etc.) mais que c’est bel et bien à l’Etat de le faire.


Ainsi naît le premier paradoxe : pourquoi le faites vous ?

Mais ce paradoxe s’explique de la manière suivante, toujours d’après les bénévoles : « en attendant, il faut bien le faire, on peut pas rester sans bouger », « c’est bien beau de se plaindre mais il faut agir aussi » etc…


Ainsi naît le second paradoxe : ne pensez-vous pas que plus vous vous en occuperez moins il y a de chance que l’Etat s’en charge ?

Vous comprendrez aisément que pour des bénévoles convaincus il n’est pas évident de passer à la pratique. L’un d’entre eux, très actif auprès des SDF, m’a confié lors d'un entretien qu’effectivement, « il faudrait les laisser crever de faim, les laisser s’entasser pour que l’Etat fasse enfin quelque chose ». Je lui ai demandé si, dans ce cas là, il pensait effectivement que l’Etat réagirait et sa réponse était sans appel, « c’est certain qu’il réagirait » (c'est un SDF lui-même qui lui avait suggéré cette "solution").


Je sens que tout ceci peut vous paraître un peu léger, pas très pertinent au fond. Mais vous rendez-vous compte que, volontairement et concrètement, le message que l’on envoie à l’Etat est : « c’est bon, on se charge des problèmes sociaux du moment que vous nous filez un peu d’argent » ? Après, au nom de quoi pouvons-nous nous permettre de le critiquer en matière de politiques sociales et plus particulièrement en matière d’insertion ?

Un des contre arguments pourrait être de dire qu’il vaut mieux agir qu’attendre une politique du pire, ou encore que l’action n’empêche pas la revendication. Autrement dit ce n’est parce que l’on agit que l’on n’est plus en droit d’émettre des revendications et des exigences vis-à-vis des pouvoirs publics, à fortiori en tant que praticien qui mieux que personne connaît les besoins des bénéficiaires et les moyens à apporter.


Ce paradoxe nous y avons-nous même fait front et, croyez-nous, ce n’est vraiment pas évident de se dire « on laisse les choses se passer, ne serait-ce que pour voir si l’Etat se chargera de régler ces problèmes, ou tout au moins s’il libèrera les fonds nécessaires ». Et ô combien ces problèmes ne sont pas anodins. Pour exemple, lors de la saison 2003-2004, les Restos du Cœur ont accueillis 650 000 bénéficiaires et distribué 66.5 millions de repas (notons que les Restos du Cœur est une association atypique s’il en est dans la mesure où la plupart des fonds proviennent de particuliers).


Nous sommes dans un climat où nous accordons très peu de confiance aux pouvoirs publics. C’est ainsi que les associations agissent sur le terrain mais cherchent principalement à faire débloquer des fonds et passent ainsi une énorme partie de leur temps à monter des projets et faire de la « paperasse » pour pouvoir survivre et poursuivre leur activité, politique de délégation oblige.

Conclusion :

La question reste entière : le rôle des associations est-il de se substituer aux pouvoirs publics, au nom de la solidarité nationale, le déchargeant ainsi de ses responsabilités politiques, ou le rôle des associations est-il un rôle de rapporteur rendant compte du terrain et des moyens à apporter pour pallier les problèmes ? Il est certain qu’aujourd’hui les associations ont un rôle de pansement social, par définition ponctuel, un rôle d’intermédiaire, et que l’Etat se décharge de bon nombre de responsabilités sous prétexte de venir en aide financièrement à ces associations. Et même si les bénévoles accusent vivement cette politique de délégation ils l’alimentent tout autant, mais comment peut-on leur en vouloir ? L’Etat providence dont l’une des « missions » principales était de se charger du social n’est plus ; à sa place a été instauré un Etat animateur (Donzelot) en tout point axé sur la délégation, misant ainsi sur la solidarité nationale.


Allons plus loin et soyons utopistes au yeux de certains, selon nous l’association ne doit plus être un intermédiaire qui opère pour les bénéficiaires selon les moyens alloués par les pouvoirs publics, elles ne doivent plus avoir un rôle de pansement social qui pour survivre doivent sans cesse justifier l’évidence ; l’association devrait être un observatoire, un praticien, un veilleur rendant compte de faits objectifs (chiffres, besoins, définition de moyens etc.) permettant ainsi aux pouvoirs publics de prendre la juste mesure des problèmes sociaux divers et variés et de pouvoir y remédier convenablement.

 

 

 

 

 

 



[1], Extrait de la Circulaire du 24 décembre 2002 relative aux subventions de l'Etat aux associations, Journal Officiel n° 301 du 27 décembre 2002 page 21697

 

 

 

Par Vio
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus